Revista núm. 4, otoño 2002

Otoño 2002,
nueva época, número 4.

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REVISTA MEXICANA DE ESTUDIOS CANADIENSES
nueva época
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LE RÔLE DU RESPECT ET DE L’AUTORITÉ DANS LA COLLABORATION EN RÉSEAU

Milton Campos

Résumé
Cet article essaie de démontrer le besoin d’une éthique de la communication en réseau fondée sur les notions du respect et de l’autorité d’un côté, et sur des mécanismes sociocognitifs de l’autre. Nous y discutons une nouvelle formulation théorique dans le but d’expliquer les processus interactionnels en réseau, notamment dans les communautés d’apprentissage, de pratique et d’intérêt mises sur pied grâce à l’utilisation de la technologie de systèmes asynchrones de forums. Ancré sur une esquisse d’un modèle de la communication en réseau, l’article essaie d’analyser comment des notions d’ordre moral s’appliquent dans les contextes sociocognitifs de la communication en réseau, quelles en sont les conséquences pour la constitution des communautés, et renseigne les individus ouverts au sujet de l’interprétation des mots pluriels qui s’ajustent selon le contexte.
   

INTRODUCTION

L’intégration des réseaux informatiques dans tous les domaines de la société contemporaine a créé des nouvelles formes d’échange et de partage de significations. Avant l’avènement des espaces de communication électronique, comme le courriel et l’Internet, la négociation du sens était exclusivement l’affaire de rencontres personnelles face à face ou par téléphone. Dans ces deux cas, les perceptions passent par les sens d’une façon directe : on peut voir l’interlocuteur et écouter sa voix. La communication numérique, surtout écrite – et l’augmentation des éléments multimédia qui s’annonce – impose un autre langage de communication. Ce langage, malgré l’optimisme des enthousiastes, ouvre un univers parallèle, et son intégration aux mécanismes cognitifs, affectifs et perceptifs n’est pas du tout évidente. Les contraintes imposées par la numérisation demandent des nouvelles formes de représentation des significations et de négociation du sens dans le processus de communication.

Cet article vise à discuter des nouvelles formes de représentation de significations et de négociation du sens, bref, les formes d’interaction humaine qui émergent de l’utilisation de forums asynchrones, un des systèmes de communication en réseau. Dans ces nouvelles formes, qui sont les apprentis ? Qui sont les maîtres ? Les forums de discussion posent à la fois des défis importants et des changements majeurs dans le processus d’implantation de la communication en réseau. Ils exigent des nouvelles stratégies d’intervention et de participation, des formes spécifiques d’échange, et surtout, une adaptation à l’environnement numérique des mécanismes de représentation construits pour répondre aux défis communicationnels des relations en face-à-face. Le codage sous-jacent au design des interfaces présente des défis communicationnels non-négligeables avec des conséquences pratiques pour la constitution des groupements humains.

D’abord, nous présentons quelques éléments d’ordre théorique nés de notre réflexion sur les résultats de recherches menées sur la communication en réseau par le moyen de forums asynchrones. Il s’agit d’une esquisse d’un modèle topologique que nous croyons prometteur pour l’étude des interactions sociales en réseau. Deuxièmement, nous présentons quelques typologies de communautés en réseau qui résument les principaux efforts que nous avons déployés afin de comprendre cette nouvelle réalité. Finalement, nous discutons des éléments éthiques qui sont, à notre avis, très importants pour l’avancement de la réflexion sur les communautés créées grâce aux systèmes de communication humaine fondés sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

 

COMMUNICATION EN RÉSEAU

Le message, c’est le codage

Un des défis les plus remarquables de l’ère numérique est la formulation de modèles capables de représenter la complexité des nouvelles formes de communication et le renouvellement des relations humaines rendues possible grâce aux nouvelles technologies. La plupart des études en communication sont encore focalisées sur l’idée de la médiation. Cette notion, née de la formulation de la théorie mathématique de l’information, a créé les conditions préalables pour l’avènement de la pensée médiatrice de McLuhan. L’idée sur laquelle le médium est le message (McLuhan, 1993) s’est transformé dans un paradigme. Sans avoir l’intention de remettre en question la valeur incontestable des idées socio-historiques qui ont inspiré des centaines de chercheures et de chercheurs en communication pendant une quarantaine d’années, le fait est que la numérisation des systèmes de communication impose un changement sur la nature du questionnement sur qu’est ce qu’un «médium». Inspiré dans la tradition macluhanienne, on trouve, par exemple, la notion de la communication médiatisée par ordinateurs (CMC – computer mediated communication). Cette notion, à notre avis, souffre d’un manque de précision. Il faut savoir de quoi l’on parle : de la rétroaction des systèmes intelligents (humain-ordinateur) ou de la communication humaine (entre humains) ? Ou des deux ? Le phénomène de l’interaction sociale en réseau pose des défis nouveaux parce que la médiation n’est pas celle de la machine mais plutôt des possibilités d’échange et de partage signifiants résultants du codage informatique. Dans l’ère numérique, jusqu’à un certain niveau, le message, c’est le codage, parce que les codes définissent les possibilités sémantiques et pragmatiques sans préciser, bien sûr, les contenus culturels. Le « médium », par conséquent, n’est qu’une entité de l’ère de la communication unidirectionnelle.

Les réseaux changent radicalement tout : les efforts de la globalisation des structures politiques et économiques n’est que l’emblème de la logique numérique du codage. Les arborescences sont hiérarchiques : il y a toujours un dossier supérieur qui coordonne les fichiers subordonnés et l’administration des réseaux suppose aussi toujours la possibilité de définir les privilèges selon le statut des personnes, devenues des « usagers ». Les personnes qui ont déjà vécu des processus de mise sur pied de réseaux informatiques dans les organisations où elles travaillent doivent avoir au moins une idée vague sur ce monde de privilèges définis par les sacerdoces du codage. L’autorité se déplace du savoir politique au savoir informatique, et quand ces deux castes se rejoignent, la démocratie et l’accès à l’information peuvent être mis en danger. Les réseaux sont l’antinomie de la liberté : ils promeuvent des possibilités extraordinaires de partage et de collaboration (des processus interactionnels libres) tout en créant une chaîne de différences définies par les détenteurs du pouvoir informatique (les privilèges selon le statut de l’« usager »).

La figure ci-dessous essaye de représenter l’échelle des langages numériques par rapport au niveau de formalisation. Cette échelle est analogue aux niveaux de contrôle de significations exercés par les « sacerdoces » du savoir informatique. Au centre de la possibilité du virtuel, nous rencontrons les langages des machines et des protocoles, contrôlés par les connaisseurs du code Booléen capables de les concevoir. Ces codes sont strictement formels, avec un niveau sémantique zéro. Exemple : le code binaire à l’arrière de la touche « A » du clavier est 10000001. Au milieu, nous rencontrons les langages intermédiaires : des plus complexes (les codes de base comme BASIC, COBOL, C, etc.) à ceux dérivés de protocoles de communication comme l’HTML. Ici, nous avons des codes qui partent d’un niveau sémantique presque zéro aux beaucoup moins formels. Exemple : effacer un pointeur - pour faire cette action, nous devons utiliser la première ligne du code C++ de la façon suivante : « int slen = strlen ( cur_line->text ) ». On peut reconnaître « cur » (première syllabe du mot anglais « cursor »), « line » (ligne), et « text » (texte). Une sémantique codée, difficile à saisir même pour les anglophones. Avec l’HTML, la sémantique de la langue est presque entièrement préservée, avec l’ajout de balises de démarcation graphique : « <I> Bonjour ! </I> » veut dire « Bonjour » écrit en italique. Dans la périphérie, nous trouvons des possibilités d’accès multiples relatives aux possibilités des codes grâce aux logiciels qui génèrent les langages disponibles aux « usagers » qui ont peu de connaissances sur la question. Les moins ignorants à ce sujet, sont capables de comprendre la logique cachée des codes et même de faire quelques essais de programmation. Tandis que ceux qui ignorent le plus ces codes, sont incapables de saisir la complexité qui émane des écrans « naïfs » mais arrivent cependant à réaliser des tâches.

Figure 1 - L'échelle des langages numériques, analogue à celle du pouvoir informatique. La couleur mauve représente la réalité virtuelle. Le bleu, la réalité physique qui l’entoure.

Figure 1 - L'échelle des langages numériques, analogue à celle du pouvoir informatique. La couleur mauve représente la réalité virtuelle. Le bleu, la réalité physique qui l’entoure.

Pour comprendre les interactions en réseau, nous suggérons une explication et une représentation des échanges communicationnels – dynamiques par nature - par le moyen des configurations de significations qui « entourent » le vécu des individus. Les configurations signifiantes sont des ensembles de significations mises en action par nos cerveaux dans des contextes dynamiques donnés. En d’autres mots : des représentations d’ensemble situées dans un espace et dans un temps, mais qui sont le résultat d’une histoire (un continuum), et qui se transforment quand le sujet se déplace de l’espace E1 à l’espace E2, et d’un temps T1 à un temps T2 (Campos, 1998, 2000, sous presse). Elles comportent les significations dégagées des mots et des images mentales qui nourrissent nos mémoires de vécu et de schèmes symboliques (Piaget, 1976 ) mis en œuvre par nos actions motrices ou de pensée (opérations cognitives) sur le monde. Les actions sont entamées par des schèmes cognitifs et affectifs construits dans une histoire de vie (Varela, 1996). Les configurations signifiantes, en tant qu’extensions de notre être, nous accompagnent tout le temps et s’ajustent aux réalités contextuelles en exprimant les intentions issues de nos expériences vécues, tendant toujours à l’équilibre. Dans le cas du milieu numérique, cet ajustement cognitif-perceptuel-affectif crée des nouvelles possibilités pragmatiques selon l’évolution de la technologie. Par exemple, les échanges écrits par le moyen des systèmes asynchrones de communication demandent la mise en action de quelques mécanismes, tandis que de l’intégration de la dimension figurative (images et sons) au texte dans l’avenir, demandera l’ajout d’autres mécanismes cognitifs, perceptifs et affectifs. L’esquisse du modèle ci-dessous essaie de représenter l’interaction en réseau dans un monde qui est dorénavant en « mode mixte » (virtuel et en face-à-face). En plus, il essaye d’intégrer les divers mécanismes intentionnels mis en action dans la recherche de satisfaction des besoins symboliques des individus.
    

Fecha de publicación en red: 22/Febrero/2004
Revista Mexicana de Estudios Canadienses.
otoño 2002, nueva época, número 4.


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